Ship Of Theseus

Ship_of_Theseus_domestic_release_posterSHIP OF THESEUS

(« Le mythe de Thésée »)  

Note: 3, 5 sur 5

Aaliya Kamal (Aida El-Kashef), après avoir subi une opération des yeux grâce à laquelle elle voit de nouveau, peine à retrouver son talent pour la photographie.  Maitreya (Neeraj Kabi), un moine jain et érudit, combat par la justice la production de médicaments ayant été testés sur des animaux. Bien que diagnostiqué de la cirrhose, une maladie du foie,  il refuse de faire l’objet d’un traitement médicamenteux. Navin (Sohum Shah), jeune agent de change très pris par son travail, a reçu un nouveau rein.  Au détour de cris à l’hôpital, il apprend qu’a été dérobé un rein à un pauvre patient. Craignant qu’il est le nouveau détenteur de l’organe, il commence son enquête, retrouve le vrai destinataire et prend conscience du vaste tourisme de rein volé qui sévit en Inde.

Au moment de sa sortie, on a parlé de ce film comme étant l’un des rares films d’auteurs indien qui a réussi à percer les écrans des multiplexes indiens. J’étais en Inde et je regrette de ne pas l’avoir vu sur grand écran pour la beauté de ses images.

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Car, oui, la première chose qui est saisissante avant ce film, avant même son histoire originale, c’est la grande beauté des images. Pures, panoramiques, elles éclairent le regard du spectateur et offre une certaine poésie aux plans de caméra. Avec émerveillement et curiosité, on suit les trois histoires narrées. Plusieurs questions gravitent autour d’un thème central celui du don d’organe. La richesse du film est d’offrir un regard nouveau sur ce sujet sans lui attribuer toute la connotation sordide auquel lui attachent certains documentaires. On ne suit plus celui qui a donné mais celui qui a reçu et son univers.

Comme une métaphore sur la vie et sur ce qu’elle peut nous offrir, on suit les trois personnages, leurs évolutions, leur renaissance physique mais surtout mentale. Le réalisateur se questionne sur les effets d’une transplantation sur celui qui a subi l’opération: en est-il changé ? Sa relation avec le monde, ses proches, ses convictions s’en trouvent-elles bouleversée ? Selon les histoires, les réponses sont différentes mais permettent d’effectuer un parallèle avec le mythe de Thésée qui offre le titre du film. Quelques fois, les convictions soit intactes mais la vision du monde, au sens premier, en est altérée. D’autres fois, les convictions évoluent douloureusement. Les proches sont tantôt rejetés tantôt rapprochés.

C’est ainsi que d’autres interrogations viennent se greffer telles que la rédemption, la religion ou encore la sensibilité artistique. Des thèmes divers mais qui touchent de près l’âme humaine et donnent l’occasion aux personnages de nous livrer de très intéressants débats. La lenteur du film est légère et offre une certaine sensibilité au film. En outre, le film nous invite à nous questionner sur notre propre existence et à chaque fois, on ne peut s’empêcher de se demander ce que l’on aurait fait si on avait été à la place des protagonistes.

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La musique est presque inexistante mais les quelques mélodies sont épurées et épousent le climat ambiant du film.

Les acteurs sont a priori non professionnels ou du moins peut être à leur début. Mais ils sont très bons. J’ai particulièrement appréciée Alia El-Kashef dans le rôle de la jeune femme aveugle et Neeraj Kabi dans celui du moine jain.

J’ai été séduite par ce film mais à mon sens, il manquait ce petit quelque chose qui nous allège le cœur. Je n’ai peut être pas saisi toute la magie du film, je le regarderai une deuxième fois pour lui donner ou non tous ses mérites. J’attends avec impatience le prochain long métrage d’Anand Gandhi que Kiran Rao, productrice du film, présente comme l’avenir du cinéma indien.

The Lunchbox

ImageTHE LUNCHBOX

(« Le panier repas »)

Note: 4 sur 5

Une erreur de livraison met en contact Ila Singh (Nimrat Kaur), une jeune femme au foyer de la classe moyenne hindoue, avec Saajan Fernandes (Irfan Khan), un employé vieillissant, solitaire et chrétien. En effet, Ila prépare des “panier repas” destinés à son mari mais c’est finalement Sajaan qui les reçoit. Elle continue à confectionner des repas pour Saajan qui attend avec de plus en plus d’impatience les déjeuners cuisinés par cette femme mystérieuse. Ils échafaudent une liaison au travers de petits mots cachés dans les dabbas mais progressivement cette vie fantasmée menace d’empiéter sur leur vie réelle.

The Lunchbox a un thème central celui de la solitude, d’abord celle de Saajan, au plus près de la retraite, dont l’épouse est décédée depuis quelques années et qui vit reclus dans une banlieue agréable de Bombay ; mais c’est aussi la solitude d’Ila qui se sent délaissée par son époux qu’elle tente de séduire à nouveau en lui concoctant de bons plats. Autour d’un dabba envoyé par erreur sur le lieu de travail de Saajan, se lie une relation amicale, où Ila plus que Saajan se livre et confie son désarroi. Puis cette relation se transforme en un amour pudique, embarrassant mais terriblement tendre.

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L’histoire saisi l’amour à son essence même, dans son caractère le plus pur. Pas de jeux de regards, pas de complicité physique, tout se joue donc autour de ces notes que les deux protagonistes s’échangent. Si Saajan est séduit par la cuisine d’Ila, il est aussi touché par la sensibilité de la jeune femme, lui qui semble hermétique au monde qui l’entoure depuis si longtemps.

Tout au long du film on est saisi par l’oxymore qui y règne. Dans une ville si vivante et vivifiante que Bombay, deux personnages sont enfermés dans une certaine monotonie, parfois méprisés et cloisonnés. Leur histoire est d’autant plus belle qu’elle bouscule nombre de tabous, l’âge, la classe sociale, la religion.

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Le film m’a d’autant plus touché que je l’ai trouvé très fidèle à la réalité: l’expérience terrifiante du train à Bombay et les jolies rues de Bandra (Nord de Bombay) tantôt bruyantes tantôt silencieuses. Le Sud de Bombay où le personnage de Sajaan travaille, emprunt de l’architecture coloniale est filmé avec merveille. La sensibilité de Ritesh Batra, réalisateur du film, est saisissante. La beauté et l’originalité de Mumbai transparait certainement pour la première fois dans un long métrage.

Les acteurs sont très bons. J’ai ainsi pu découvrir l’actrice Nimrat Kaur que je ne connaissais pas du tout. Nawazuddin Siddiqui est hilarant et apporte beaucoup de fraicheur au film.

The Lunchbox est donc un film élégant, drôle et extrêmement touchant.

Films étrangers du mois – Décembre 2013

J’ai sélectionné deux films non-hindi pour le mois de décembre 2013.

ImageAU PAYS DU SANG ET DU MIEL (États-Unis, 2011)

Titre original: In the land of blood and Honey

Note: 3,5 sur 5.

Synopsis: Dans les années 1990, durant le siège de Sarajevo, Danijel (Goran Kostic), soldat, retrouve Aljia (Zana Marjanovic), peintre, qu’il a connue avant la guerre. Tous deux partageaient des sentiments mais aujourd’hui, il est le commandant du camp de concentration où elle est prisonnière…

Ma critique: Un film léger et violent à la fois sur l’une des guerres les plus atroces du XXe siècle. Le rythme est lent en opposition à la vive épuration ethnique dont faisaient l’objet les serbes musulmans (les bosniaques). On est surpris par le talent d’Angelina Jolie en tant que réalisatrice du film. L’histoire d’amour est belle, convaincante et douloureusement triste à la fois. Le réalisme est frappant et dérangeant. Les acteurs sont bons et Goran Kostic interprète à merveille son personnage ni noir ni blanc. On regrette néanmoins la diabolisation trop marquée des serbes concernant un conflit d’une grande complexité.

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L’AMOUR ET RIEN D’AUTRE (Allemagne, 2011)

Titre original: Über uns das all

Note: 4,5 sur 5.

Synopsis: Martha (Sandra Hüller) est une jeune femme épanouie et heureuse en amour. Lorsque son mari Paul (Felix Knopp) disparait soudainement, elle découvre qu’elle ne connaissait rien de lui. Alors qu’elle tente de faire face, elle rencontre Alexander (Georg Friedrich), qui tombe amoureux d’elle. Un geste suffit pour que Martha projette l’image de Paul sur ce nouvel homme…

Ma critique: Certainement l’un des plus jolis films que j’ai vu. Je suis sensible aux histoires de perte de l’amour chéri, le déni, la transposition de cet amour dans quelqu’un d’autre… Le film captive, surprend, fait pleurer, fait rire, un tremplin d’émotions qui fait énormément de bien. Le spectateur est invité à réfléchir (mais pas trop), à interpréter mais surtout à s’attacher aux personnages notamment celui de Martha. La complicité entre Martha et Paul est naturelle. Les acteurs sont tout simplement excellents. La musique de fin vaut le détour…

Goliyon Ki Rasleela Ram-Leela

ramleela-3bGOLIYON KI RASLEELA RAM-LEELA

(« Le théâtre d’un jeu de balles: Ram-Leela »)

Note: 4 sur 5

Ram Rajadi (Ranveer Sing) tombe éperdument amoureux au premier regard de Leela Sanera (Deepika Padukone). Son désir pour la jeune femme est plus que réciproque mais voilà les deux appartiennent à deux familles ennemis, les Rajadi et les Sanara qui s’affrontent violemment depuis des siècles dans un village du Gujarat. Les deux amants se retrouvent alors embarqués dans une sorte de vendetta à l’indienne où leur amour en devient impossible…

Il paraît si difficile de parler de Goliyon Ki Rasleela Ram-Leela car pendant le visionnage on vit une expérience rare mais qui, pour autant, ne vous marque pas en sortant du cinéma, on n’y pense plus trop.  Alors que pendant le film, on est frappé par l’esthétisme de Sanjay Leela Bhansali. Car avec lui chaque détail compte : les paysages, les décors, les musiques, les acteurs, les costumes et les dialogues. Rien n’est laissé au hasard alors même qu’on le dit grand improvisateur. C’est là tout son génie. Deepika Padukone a d’ailleurs dit dans l’une de ses interviews qu’avec Bhansali « c’est de l’organisation dans la désorganisation ». Mais alors comment expliquer que l’on ne soit plus touché par la magie du film les heures qui suivent la projection ? Et là, je l’explique par le fait que c’est un grand classique que le réalisateur a revisité, Roméo et Juliette de Shakespeare. Nous ne sommes donc pas en terre inconnue. Si on retrouve quelques grandes lignes de la tragédie anglaise, Bhansali a néanmoins pris la liberté de changer plusieurs détails pour se coller à un contexte particulier. La faute n’est donc pas imputable au réalisateur.

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Je sèche un peu à vrai dire. Que dire de plus ? Les images parlent d’elles-mêmes. Le désir est mis en avant plan. Bhansali saisi magnifiquement bien l’alchimie des deux personnages et la tension physique qui règne entre les deux. On a quelques scènes empreintes d’un kitsh extrême à l’instar de la première apparition de Ram quelques minutes après le début du film. Mais finalement, cela nous fait sourire et je n’ai pas eu – comme souvent – à m’écrouler dans mon siège de gêne face à une scène si ridicule. Non car on comprend très vite que c’est l’univers du film. Ce n’est pas réaliste, on le sait et on l’admet. En réalité cela se marie très bien avec le genre même du film, on aurait dit la transcription cinématographique d’un conte. Qui n’a jamais été ému, ni même aimé le petit chaperon rouge alors même que ce n’était pas réaliste ?

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La musique est superbe. J’ai été agréablement surprise de découvrir qu’il s’agissait de Bhansali lui-même qui a composé les titres de la bande originale. La musique épouse parfaitement l’univers recherché par Bhansali. Une sorte de monde parallèle, esthétique mais violent à la fois. On y chante et on y danse mais on y fait aussi la guerre. Il m’est difficile de choisir un titre en particulier car chaque scène musicale témoigne d’une évolution dans le couple Ram-Leela. Si la première, Lah Munh Lag Gaya, marque le début de la passion, la deuxième, Ang Laga De en exprime l’apogée. Et que dire de Naga De Sang, poignant témoignage de l’amour de Leela pour Ram? J’en ai été touchée. Et à chaque fois on est subjugué par la grâce de Deepika.

Deepika est en effet gracieuse et c’est certainement le film qui met le plus en avant sa beauté. En outre, elle joue sacrément bien. Je la trouve beaucoup plus convaincante dans le rôle de Leela que dans le film Cocktail (beaucoup trop plébiscité à mon goût). Ranveer fera chavire les cœurs des demoiselles avec ses « 6-packs » et son charisme fou, un acteur dont le talent est à la hauteur de son énergie. La prestation des acteurs principaux est au rendez-vous, de même pour les acteurs secondaires. J’ai particulièrement apprécié l’actrice Supriya Pathak dans le rôle de la mère quelque peu tyrannique de Leela.

Ram-Leela est une classique mais belle histoire d’amour que je recommande vivement pour les amateurs d’esthétisme ou les grands amoureux.

Shuddh Desi Romance

ImageSHUDDH DESI ROMANCE

(« Une pure romance indienne »)

Note: 2,5 sur 5

Raghnu (Sushant Singh Rajput) guide touristique (qui n’a aucun scrupule à vendre par dizaines des châles à des touristes après les avoir sensibilisés quant aux conditions de fabrication de celles-ci ; afin que ces visiteurs les remettent à des femmes complices qui attendent non loin de l’échoppe), arrondi ses fins de mois en jouant les faux invités dans des cérémonies de mariage organisées par Goyal (Rishi Kapoor). Alors que Raghnu doit se rendre à son propre mariage qui l’unira à Tara (Vaani Kapoor), Goyal engage Gayatri, une jeune femme indépendante qui vit au rythme de ses envies, pour jouer la sœur de celui-ci. Raghnu déjà empreint à ses doutes, est fasciné par la jeune femme et son ouverture d’esprit, il décide de fuir durant la cérémonie…

Shuddh Desi Romance avait tout pour séduire car en plus de deux acteurs prometteurs, l’idée de base est innovante et se veut certainement éducative. On comprend très rapidement que l’intention du réalisateur est – par le biais d’un triangle amoureux – critiquer le poids de l’institution qu’est le mariage dans la société indienne. Le scénariste part d’un postulat : on se marie beaucoup trop en Inde sans s’aimer et sans anticiper les suites du mariage (les époux sont-ils par exemple sexuellement compatibles ?). Et plus radicalement : à quoi sert finalement le mariage dans la société indienne d’aujourd’hui? Une question sociétale osée et ambitieuse dans une Inde où le mariage est synonyme d’accomplissement pour la femme, et de manière sans doute plus idéal-istique, d’épanouissement et d’équilibre personnels.

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La grande force de Shuddh Desi Romance est sa capacité à parler d’un sujet aussi lourd avec une si jolie légèreté. Il n’est pas question en effet d’amants qui fuient leur famille respective pour avoir choisi leur partenaire, ou de toute autre histoire torturée mais d’un triangle amoureux quelque peu original et qui a le mérite de sortir des classiques de Bollywood. Néanmoins et c’est là la grande faiblesse du film, le scénario est tortueux, peu convainquant et peine à répondre aux questions qu’il s’est posé. Les quelques éléments réalistes ne font pas tailles face au dénouement décevant de l’histoire. Des maladresses, une subtilité déguisée et un manque cruel – et trop présent dans la deuxième moitié du film- de logique. On ne comprend pas très bien l’utilité des monologues parsemés tout au long du film : ils n’appuient en rien la narration de l’histoire et font même écran sur l’imagination du spectateur quant aux motivations et à la psychologie des personnages.

On retrouve néanmoins la patte du scénariste de Bunty aur Babli, Jaideep Shani, quant à la légèreté colorée et quelque peu apaisante de l’histoire. En revanche, Shuddh Desi Romance est beaucoup trop faible à plusieurs égards : il n’a ni la force comique qui transparaissait du duo Abhishek Bachchan–Rani Mukherjee, ni même encore l’énergie musicale de 2005.

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Si la première partie est plutôt agréable à regarder, le rythme de la deuxième se fait plus lent et le spectateur commence à décrocher. Les scènes musicales ne renforcent pas le thème du film et ne présentent que très peu d’intérêt même si on appréciera la chanson Gullabi composée (comme tout le reste de la bande-originale) par le duo Sachin-Jigar, dont les effets visuels sont superbes.

Le jeu des acteurs ne remonte que légèrement la faiblesse du scénario, à l’exception de l’interprétation de Parineeti Chopra dont la fraicheur et la justesse du personnage confirment une fois de plus le talent de l’actrice. Sushant Singh Rajput est plus ou moins convainquant dans son personnage de jeune homme perdu entre ses sentiments, ses désirs, ce qu’il attend et ce qu’il ne veut pas d’une relation maritale. En revanche, la jeune actrice Vaani Kapoor peine à convaincre, pire, elle témoigne de l’insuffisance de l’histoire. Quant à Rishi Kapoor, tel un De Niro indien résolu à jouer des rôles secondaires, il s’en sort honorablement.

Shuddh Desi Romance n’est donc pas un film qui marquera les esprits mais on se souviendra peut être de sa tentative de dédramatiser la pression indienne au mariage.

Ek Thi Dayaan

Ek_Thi_PosterEK THI DAYAAN

(« Un jour fut une sorcière« )

Note: 2,5 sur 5

Bobo (Emraan Hashmi), célèbre magicien partage sa vie avec sa petite amie Tamara (Huma Qureshi) mais dont le quotidien heureux est depuis quelques temps perturbé par des hallucinations. Bobo est comme hanté par le décès de sa petite soeur Misha, survenu lorsqu’ils étaient enfants mais dont il n’a plus souvenir. Avec l’aide d’un psychiatre, il replonge dans son enfance et se souvient alors d’un épisode terrifiant lorsqu’une sorcière, Diana (Konkona Sen Sharma), avait séduit son père et réduit à néant sa famille. Mais lorsqu’une mystérieuse jeune femme au nom de Lisa (Kalki Koechlin) fait son apparition dans sa vie, il y voit la réincarnation de Diana…

L’histoire parait alléchante. MaisVishal Bhardwaj et Mukul Sharma, à l’origine du scénario, n’ont pas su lui donner toute la substance et la profondeur qu’elle aurait pu avoir. C’est souvent ce que je reproche à Vishal Bhardwaj, le manque cruel de profondeur. J’ai l’impression qu’il ne développe pas assez son idée. L’histoire parait incomplète (Cf. Matru Ki Bijlee Ka Mandola) et la personnalité des personnages principaux dont Tamara, n’est pas assez exploitée (Cf. 7 Khoon Maaf).

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On aurait pu y voir un thriller psychologique bien qu’empreint de surnaturel, alors que là, on frise avec l’énigme d’un téléfilm, pour la partie rationnelle ou d’un épisode de Ghost Whisperer, pour la partie surnaturelle. J’aurais aimé sentir un réel suspens, une quête de vérité: Qui est véritablement Lisa ? Et si le Bobo enfant était vraiment pris d’hallucinations ? Quid du grand Bobo ? Les réponses à ses questions – qui auraient pu être un moyen efficace et intelligent de dérouter le spectateur –  ont été littéralement bâclées voire pas du tout traitées . Au lieu de cela, le scénario se veut faible puisqu’en outre certaines pistes sont à peine exploitées alors qu’elles auraient pu être prometteuses. De plus, le scénario est facile. Une dose de surnaturelle – frôlant quelques fois le ridicule – pour tout expliquer, des raccourcis, beaucoup trop de raccourcis. Sur ce point, le film Talaash, sorti l’an dernier, est plus intéressant.

Quant à la réalisation, à mon goût, Kannan Iyer n’a pas su retranscrire une certaine tension que l’on aurait pu attendre de ce genre de films. On sursaute quelques fois comme dans tout film « d’horreur » mais on arrive très aisément à anticiper ces moments car assez prévisibles. La musique n’est pas satisfaisante (seul le passage du vinyle était agréable) et n’aide pas le réalisateur à donner un caractère plus sombre au film. La qualité des effets spéciaux est, tout au long du film, disparate: tantôt ridicule (lors des tours de magie notamment ou le lézard incarnant la sorcière), tantôt intéressante (les apparitions de Diana en tant que sorcière).

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Ce que j’ai particulièrement aimé a été le jeu d’acteur de Konkona Sen Sharma qui est, une fois de plus, époustouflante. Emraan Hashmi joue correctement son rôle mais j’ai préféré le jeune Bobo, interprété par Vishesh Tiwari. D’ailleurs l’épisode de son enfance a été le meilleur moment du film. Kalki Koechlin a su jouer la femme aux mystérieuses motivations. Mais, la déception se loge du côté d’Huma Qureshi, peu convaincante, elle en devient carrément irritante.

La fin est certainement le plus mauvais moment du film et reprend tous les éléments négatifs que j’ai énuméré plus haut.

En résumé, c’est un film qui se regarde facilement mais vous laisse frustré quant au traitement de l’histoire. Il me parait indéniable qu’ils auraient vraiment pu faire mieux.

Yeh Jaawani Hai Deewani

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(« Cette jeunesse est folle« )

Note: 2 sur 5

Naina (Deepika Padukone), sur un coup de tête –parce qu’elle trouve sa vie et sa personne trop ennuyeuse–  décide de se joindre à la bande de Bunny (Ranbir Kapoor) composée d’Aditi (Kalki Koechlin) et d’Avi (Aditya Roy Kapoor), lors d’un séjour en randonnée. La thématique, chère à Ayan Mukerji, est celle de jeunes adultes qui, pour fuir le monde des adultes, restent de grands adolescents bercés par l’immaturité.

Ce qui me gêne avec ce film, ce n’est pas tant ce choix de thème mais sa traduction cinématographique. J’avais aimé la sensibilité du réalisateur à travers son premier long –métrage, Wake Up Sid. Le casting était d’une pure qualité avec l’épatante Konkona Sen Sharma (que l’on ne voit plus assez malheureusement) et un Ranbir Kapoor touchant. Il me parait indéniable aujourd’hui que ce premier film d’Ayan Mukerji a été écrit avec le cœur.

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En ce qui concerne YJHD, c’est une toute autre histoire. D’abord, le nom de ce film me parait inapproprié. Le film n’a rien de fou, d’extravagant, ou d’innovant. Bien au contraire. Je soutiens même que c’est un retour vers le Bollywood mielleux des années 2000 dont je ne suis absolument pas nostalgique. Je n’ai jamais vraiment apprécié l’univers de Karan Johar (producteur de YJHD) dans lequel ce dernier film s’inscrit véritablement. J’en viens même à penser que le film n’a aucune empreinte d’Ayan, à l’exception de la présence de son ami Ranbir Kapoor, sorte de muse masculine. Les films de Karan Johar, je ne les ai apprécié que ponctuellement, à l’instar de Kal Ho Naa Ho dont l’énergie est incontestable. Et si je devais rendre à César ce qui lui appartient, je dirais que YJHD a tout de même pour mérite de retrouver en partie cette énergie qui fait que Bollywood connait un succès grandissant à l’extérieur de l’Inde.

Et si je devais être encore plus fataliste, j’affirmerai que YJHD c’est carrément une régression pour le genre bollywoodien. Je fais partie de ces rares personnes étrangères à cette industrie qui ont continué, depuis des années, à regarder des films hindi. La plupart de mes amis amateurs du genre se sont enfuis parce qu’il n’aimait pas la tournure qu’il avait pris durant la deuxième moitié des années 2000. Pourtant, moi j’ai adoré. Avant tout, parce que c’était un renouveau intéressant et de qualité. Au revoir les scénarios complètement niais, bonjour les scripts plus intelligents. Et ce phénomène a atteint, à mon avis, son paroxysme lorsque des films que l’on aurait qualifié de seconde zone il y a dix ans, ont réussi à se faire un passage dans la course folle du Box office. Je pense notamment à des films comme Kahaani ou les deux Gangs of Wasseypur, ces deux derniers étant un vrai régal, du crime à l’asiatique dont je raffole. Ceci étant, il est aussi des films purement commerciaux que j’ai trouvé intéressant dans leur genre et qui ont su allié un équilibre suffisant entre divertissement et qualité. Je pense ici à Anjaana Anjaani ou encore Ladies V/S Ricky Bahl, et bien d’autre. Alors, après la projection de YJHD, je me suis demandée qu’est-ce qui venait de se passer ? Pourquoi avoir sorti un tel film ? Il est pertinent de préciser que le film n’a pas d’histoire qui tienne la route, elle est niaise et pleine de clichés. Certaines scènes étaient ahurissantes de par la débilité qui y planait, comme celles où l’on retrouve le personnage d’Evelyn Sharma (cliché de la bimbo sans cervelle, vous avez bien lu, on a ressorti ce personnage). Le film dure, dure, et les seuls moments de répits ce sont les scènes musicales, très joliment réalisées (j’ai particulièrement adoré les arrêts sur image et les jeux de caméra) parce que la musique est enjouée (on reconnait facilement la signature de Pritam) et que tout le monde est beau.

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Mais, cela ne m’a pas fait rêver pour toutes les raisons que j’ai citées précédemment. Et, surtout parce que les acteurs m’ont extrêmement déçus. Kalki Koechlin qui n’appartient certainement pas à cet univers de par son talent trop grand, s’en sort correctement de par ses acquis. Quant à Ranbir, quelques scènes nous font sourire parce qu’il a cette capacité – de par son charisme – a crevé l’écran, mais il est ici bien en dessous de ce qu’il a pu nous donner dans ses meilleurs films (Cf. Rocket Singh ou Rockstarr pour d’autres). Aditya Roy Kapoor a été la plus grande déception. Dans la seconde partie du film, il était extrêmement mauvais. Je n’ai jamais fini Guzaarish, je n’ai pas vu Aashiqui 2 (EDIT: je l’ai vu depuis, ce film ne mérite pas de critique), c’était donc la première fois que je voyais cet acteur plébiscité à l’écran. Je n’en garde pas un bon souvenir. Je jetterai néanmoins un œil sur son dernier film lorsque celui-ci sortira en DVD (EDIT: c’est fait, je ne l’ai pas fini, trop niais pour moi). Par contre, son frère, Kunal Roy Kapoor est naturellement hilarant dans le rôle de Taran.

Globalement, YJHD est un film assez divertissant mais le scénario est beaucoup trop faible et les acteurs en dessous de leur niveau. Je ne comprends pas ce qui a réellement motivé et le réalisateur et le producteur pour sortir ce film, pour lequel je m’attendais – tout simplement – à beaucoup mieux.